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plus ces mots: <> B.
Babouc monta sur son chameau, et partit avec ses serviteurs. Au bout
de quelques journees, il rencontra vers les plaines de Sennaar l'armee
persane, qui allait combattre l'armee indienne. Il s'adressa d'abord
a un soldat qu'il trouva ecarte. Il lui parla, et lui demanda quel
etait le sujet de la guerre. Par tous les dieux, dit le soldat, je
n'en sais rien; ce n'est pas mon affaire; mon metier est de tuer et
d'etre tue pour gagner ma vie; il n'importe qui je serve. Je pourrais
bien meme des demain passer dans le camp des Indiens; car on dit
qu'ils donnent pres d'une demi-drachme de cuivre par jour a leurs
soldats de plus que nous n'en avons dans ce maudit service de Perse.
Si vous voulez savoir pourquoi on se bat, parlez a mon capitaine.
Babouc ayant fait un petit present au soldat entra dans le camp. Il
fit bientot connaissance avec le capitaine, et lui demanda le sujet de
la guerre. Comment voulez-vous que je le sache? dit le capitaine, et
que m'importe ce beau sujet? J'habite a deux cents lieues de
Persepolis; j'entends dire que la guerre est declaree; j'abandonne
aussitot ma famille, et je vais chercher, selon notre coutume, la
fortune ou la mort, attendu que je n'ai rien a faire. Mais vos
camarades, dit Babouc, ne sont-ils pas un peu plus instruits que vous?
Non, dit l'officier; il n'y a guere que nos principaux satrapes qui
savent bien precisement pourquoi on s'egorge.
Babouc etonne s'introduisit chez les generaux; il entra dans leur
familiarite. L'un d'eux lui dit enfin: La cause de cette guerre, qui
desole depuis vingt ans l'Asie, vient originairement d'une querelle
entre un eunuque d'une femme du grand roi de Perse, et un commis d'un
bureau du grand roi des Indes. Il s'agissait d'un droit qui revenait
a peu pres a la trentieme partie d'une darique[2]. Le premier
ministre des Indes et le notre soutinrent dignement les droits de
leurs maitres. La querelle s'echauffa. On mit de part et d'autre en
campagne une armee d'un million de soldats. Il faut recruter cette
armee tous les ans de plus de quatre cent mille hommes. Les meurtres,
les incendies, les ruines, les devastations se multiplient, l'univers
souffre, et l'acharnement continue. Notre premier ministre et celui
des Indes protestent souvent qu'ils n'agissent que pour le bonheur du
genre humain; et a chaque protestation il y a toujours quelques villes
detruites et quelque province ravagee.
[2] La darique vaut vingt-quatre francs: vojez tome XXXII, page
494. B.
Le lendemain, sur un bruit qui se repandit que la paix allait etre
conclue, le general persan et le general indien s'empresserent de
donner bataille; elle fut sanglante. Babouc en vit toutes les fautes
et toutes les abominations; il fut temoin des manoeuvres des
principaux satrapes, qui firent ce qu'ils purent pour faire battre
leur chef. Il vit des officiers tues par leurs propres troupes; il
vit des soldats qui achevaient d'egorger leurs camarades expirants,
pour leur arracher quelques lambeaux sanglants, dechires et couverts
de fange. Il entra dans les hopitaux ou l'on transportait les
blesses, dont la plupart expiraient par la negligence inhumaine de
ceux memes que le roi de Perse payait cherement pour les secourir.
Sont-ce la des hommes, s'ecria Babouc, ou des betes feroces? Ah! je
vois bien que Persepolis sera detruite."
Occupe de cette pensee, il passa dans le camp des Indiens; il y fut
aussi bien recu que dans celui des Perses, selon ce qui lui avait ete
predit; mais il y vit tous les memes exces qui l'avaient saisi
d'horreur. Oh, oh! dit-il en lui-meme, si l'ange Ituriel veut
exterminer les Persans, il faut donc que l'ange des Indes detruise
aussi les Indiens. S'etant ensuite informe plus en detail de ce qui
s'etait passe dans l'une et l'autre armee, il apprit des actions de
generosite, de grandeur d'ame, d'humanite, qui l'etonnerent et le
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