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est riche, et qu'ici le droit de rendre la justice s'achete comme une
metairie[10]. O moeurs! o malheureuse ville! s'ecria Babouc; voila le
comble du desordre; sans doute, ceux qui ont ainsi achete le droit de
juger vendent leurs jugements: je ne vois ici que des abimes
d'iniquite.
[9] Satrape de loi signifie ici conseiller au parlement. Il
arrivait souvent aux conseillers-rapporteurs de charger quelque
avocat de faire les extraits dos proces a juger. B.
[10] Voltaire n'a cesse de s'elever contre la venalite des offices
de judicature; et c'est la suppression de la venalite qui l'avait
rendu partisan des mesures prises eu 1771. Voyez l'_Histoire du
parlement_, chapitre LXIX, tome XXII, pages 366-67, dans les
_Melanges_, annee 1771, differentes pieces relatives au parlement
Maupeou; dans la _Correspondance_, la lettre a madame de Florian,
du 1er avril 1771, et autres lettres. B.
Comme il marquait ainsi sa douleur et sa surprise, un jeune guerrier,
qui etait revenu ce jour meme de l'armee, lui dit: Pourquoi ne
voulez-vous pas qu'on achete les emplois de la robe? j'ai bien achete,
moi, le droit d'affronter la mort a la tete de deux mille hommes que
je commande; il m'en a coute quarante mille dariques d'or cette annee,
pour coucher sur la terre trente nuits de suite en habit rouge, et
pour recevoir ensuite deux bons coups de fleches dont je me sens
encore. Si je me ruine pour servir l'empereur persan que je n'ai
jamais vu, M. le satrape de robe peut bien payer quelque chose pour
avoir le plaisir de donner audience a des plaideurs. Babouc indigne
ne put s'empecher de condamner dans son coeur un pays ou l'on mettait
a l'encan les dignites de la paix et de la guerre; il conclut
precipitamment que l'on y devait ignorer absolument la guerre et les
lois, et que, quand meme Ituriel n'exterminerait pas ces peuples, ils
periraient par leur detestable administration.
Sa mauvaise opinion augmenta encore a l'arrivee d'un gros homme, qui,
ayant salue tres familierement toute la compagnie, s'approcha du jeune
officier, et lui dit: Je ne peux vous preter que cinquante mille
dariques d'or; car, en verite, les douanes de l'empire ne m'en ont
rapporte que trois cent mille cette annee. Babouc s'informa quel
etait cet homme qui se plaignait de gagner si peu; il apprit qu'il y
avait dans Persepolis quarante[11] rois plebeiens qui tenaient a bail
l'empire de Perse, et qui en rendaient quelque chose au monarque.
[11] _Quarante_ est ce qu'on lit dans les editions depuis 1756. Les
editions de 1748 et 1750 portent, _soixante et douze_. Le nombre
des fermiers-generaux a varie. Louis XV, en 1765, avait cree vingt
nouvelles places. Voyez, tome XXI, le chapitre XXXI du _Precis du
Siecle de Louis XV_. B.
VI. Apres diner il alla dans un des plus superbes temples de la
ville; il s'assit au milieu d'une troupe de femmes et d'hommes qui
etaient venus la pour passer le temps. Un mage parut dans une machine
elevee, qui parla long-temps du vice et de la vertu. Ce mage divisa
en plusieurs parties ce qui n'avait pas besoin d'etre divise; il
prouva methodiquement tout ce qui etait clair; il enseigna tout ce
qu'on savait. Il se passionna froidement, et sortit suant et hors
d'haleine. Toute l'assemblee alors se reveilla, et crut avoir assiste
a une instruction. Babouc dit: Voila un homme qui a fait de son
mieux pour ennuyer deux ou trois cents de ses concitoyens; mais son
intention etait bonne: il n'y a pas la de quoi detruire Persepolis.
Au sortir de cette assemblee, on le mena voir une fete publique qu'on
donnait tous les jours de l'annee; c'etait dans une espece de
basilique, au fond de laquelle on voyait un palais. Les plus belles
citoyennes de Persepolis, les plus considerables satrapes ranges avec
ordre formaient un spectacle si beau, que Babouc crut d'abord que
c'etait la toute la fete. Deux ou trois personnes, qui paraissaient
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