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ailleurs que chez les riches qui les invitaient a leur table. Babouc
jugea qu'il n'y aurait pas grand mal quand cette vermine perirait dans
la destruction generale.
[16] Cette phrase et la suivante furent ajoutees en 1756. Les
editions de 1748 et 1750 portent: <> B.
IX. Des qu'il se fut defait d'eux, il se mit a lire quelques livres
nouveaux. Il y reconnut l'esprit de ses convives. Il vit surtout
avec indignation ces gazettes de la medisance, ces archives du mauvais
gout, que l'envie, la bassesse et la faim ont dictees; ces laches
satires ou l'on menage le vautour, et ou l'on dechire la colombe; ces
romans denues d'imagination, ou l'on voit tant de portraits de femmes
que l'auteur ne connait pas.
Il jeta au feu tous ces detestables ecrits, et sortit pour aller le
soir a la promenade. On le presenta a un vieux lettre qui n'etait
point venu grossir le nombre de ses parasites. Ce lettre fuyait
toujours la foule, connaissait les hommes, en fesait usage, et se
communiquait avec discretion. Babouc lui parla avec douleur de ce
qu'il avait lu et de ce qu'il avait vu.
Vous avez lu des choses bien meprisables, lui dit le sage lettre; mais
dans tous les temps, dans tous les pays, et dans tous les genres, le
mauvais fourmille, et le bon est rare. Vous avez recu chez vous le
rebut de la pedanterie, parceque, dans toutes les professions, ce
qu'il y a de plus indigne de paraitre est toujours ce qui se presente
avec le plus d'impudence. Les veritables sages vivent entre eux
retires et tranquilles; il y a encore parmi nous des hommes et des
livres dignes de votre attention. Dans le temps qu'il parlait ainsi,
un autre lettre les joignit; leurs discours furent si agreables et si
instructifs, si eleves au-dessus des prejuges et si conformes a la
vertu, que Babouc avoua n'avoir jamais rien entendu de pareil. Voila
des hommes, disait-il tout bas, a qui l'ange Ituriel n'osera toucher,
ou il sera bien impitoyable.
Raccommode avec les lettres, il etait toujours en colere contre le
reste de la nation. Vous etes etranger, lui dit l'homme judicieux qui
lui parlait; les abus se presentent a vos yeux en foule, et le bien
qui est cache, et qui resulte quelquefois de ces abus memes, vous
echappe.[17] Alors il apprit que parmi les lettres il y en avait
quelques uns qui n'etaient pas envieux, et que parmi les mages meme il
y en avait de vertueux. Il concut a la fin que ces grands corps, qui
semblaient en se choquant preparer leurs communes ruines, etaient au
fond des institutions salutaires; que chaque societe de mages etait un
frein a ses rivales; que si ces emules differaient dans quelques
opinions, ils enseignaient tous la meme morale, qu'ils instruisaient
le peuple, et qu'ils vivaient soumis aux lois; semblables aux
precepteurs qui veillent sur le fils de la maison, tandis que le
maitre veille sur eux-memes. Il en pratiqua plusieurs, et vit des
ames celestes. Il apprit meme que parmi les fous [18] qui
pretendaient faire la guerre au grand-lama, il y avait eu de tres
grands hommes. Il soupconna enfin qu'il pourrait bien en etre des
moeurs de Persepolis comme des edifices, dont les uns lui avaient paru
dignes de pitie, et les autres l'avaient ravi en admiration.
[17] Ce texte est de 1751. Dans les editions de 1748 et 1750, on
lit: <<...vous echappe. Alors ils le menerent chez le principal
mage, qu'on appelait le surveillant, Babouc vit dans ce mage un
homme digne d'etre a la tete des justes; il sut qu'il y en avait
beaucoup qui lui ressemblaient. Il concut meme que ces grands corps,
etc.>>
Le mot eveque, en latin _episcopus_, vient du grec _episcopos_, qui
veut dire inspecteur. En 1748 et 1750 l'archeveque de Paris etait
Christophe de Beaumont, alors recemment nomme, mais qui se rendit
bientot _ridicule et odieux a tout Paris_ (voyez tome XXII, page
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