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le faire ministre. La vigueur deployee par lui dans ce poste prepara
les voies de la grande journee fatale a la Monarchie, et le discours
qu'il prononca, lors de son installation, le fit aisement prevoir.
C'est le programme des devoirs de l'homme public qu'il y expose dans
cette harangue murement reflechie et qui, si elle n'a pas toute la
flamme de ses eclatantes improvisations de 93, se fait cependant
remarquer par une audace de pensee assez rare, au debut du grand
conflit national, dans les rangs des magistrats du peuple. Vermorel,
qui la publia d'apres le texte donne par Freron dans "L'Orateur du
Peuple", lui donne la date de novembre 1792 (p. 109). C'est en
novembre 1791 qu'il convient de la retablir.
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Monsieur le Maire et Messieurs,
Dans une circonstance qui ne fut pas un des moments de sa gloire, un
homme dont le nom doit etre a jamais celebre dans l'histoire de la
Revolution disait: qu'il savait bien qu'il n'y avait pas loin du
Capitole a la roche Tarpeienne; et moi, vers la meme epoque a peu
pres, lorsqu'une sorte de plebiscite m'ecarta de l'enceinte de cette
assemblee ou m'appelait une section de la capitale, je repondais a
ceux qui attribuaient a l'affaiblissement de l'energie des citoyens ce
qui n'etait que l'effet d'une erreur ephemere, qu'il n'y avait pas
loin, pour un homme pur, de l'ostracisme suggere aux premieres
fonctions de la chose publique. L'evenement justifie aujourd'hui ma
pensee; l'opinion, non ce vain bruit qu'une faction de quelques mois
ne fait regner qu'autant qu'elle-meme, l'opinion indestructible, celle
qui se fonde sur des faits qu'on ne peut longtemps obscurcir, cette
opinion qui n'accorde point d'amnistie aux traitres, et dont le
tribunal supreme, casse les jugements des sots et les decrets des
juges vendus a la tyrannie, cette opinion me rappelle du fond de ma
retraite, ou j'allais cultiver cette metairie qui, quoique obscure et
acquise avec le remboursement notoire d'une charge qui n'existe plus,
n'en a pas moins ete erigee par mes detracteurs en domaines immenses,
payes par je ne sais quels agents de l'Angleterre et de la Prusse.
Je dois prendre place au milieu de vous, messieurs, puisque tel est le
voeu des amis de la liberte et de la constitution; je le
dois--d'autant plus que ce n'est pas dans le moment ou la patrie est
menacee de toutes parts qu'il est permis de refuser un poste qui peut
avoir ses dangers comme celui d'une sentinelle avancee. Je serais
entre silencieusement ici dans la carriere qui m'est ouverte, apres
avoir dedaigne pendant tout le cours de la Revolution de repousser
aucune des calomnies sans nombre dont j'ai ete assiege, je ne me
permettrais pas de parler un seul instant de moi, j'attendrais ma
juste reputation de mes actions et du temps, si les fonctions
deleguees auxquelles je vais me livrer ne changeaient pas entierement
ma position. Comme individu, je meprise les traits qu'on me lance, ils
ne me paraissent qu'un vain sifflement; devenu homme du peuple, je
dois, sinon repondre a tout, parce qu'il est des choses dont il serait
absurde de s'occuper, mais au moins lutter corps a corps avec
quiconque semblera m'attaquer avec une sorte de bonne foi. Paris,
ainsi que la France entiere, se compose de trois classes; l'une
ennemie de toute liberte, de toute egalite, de toute constitution, et
digne de tous les maux dont elle a accable, dont elle voudrait encore
accabler la nation; celle-la je ne veux point lui parler, je ne veux
que la combattre a outrance jusqu'a la mort; la seconde est l'elite
des amis ardents, des cooperateurs, des plus fermes soutiens de notre
Revolution, c'est elle qui a constamment voulu que je sois ici; je ne
dois non plus rien dire, elle m'a juge, je ne la tromperai jamais dans
son attente: la troisieme, aussi nombreuse que bien intentionnee, veut
egalement la liberte, mais elle en craint les orages; elle ne hait pas
ses defenseurs qu'elle secondera toujours dans les moments de perils,
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