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la Convention, du 31 juillet 1793.] Cela, c'est pour lui la supreme
excuse et le supreme devoir. Son pays, le peuple, deux choses qui
priment tout. Entre ces deux poles son eloquence bondit, sur chacun
d'eux sa parole pose le pied et ouvre les ailes. Et quelle parole! Au
moment ou Paris et la France vivent dans une atmosphere qui sent la
poudre, la poussiere des camps, il ne faut point etre surpris de
trouver dans les discours de Danton comme un refrain de Marseillaise
en prose. Sa metaphore, au bruit du canon et du tocsin, devient
guerriere et marque le pas avec les sections en marche, avec les
volontaires leves a l'appel de la patrie en danger. Elle devient
audacieuse, extreme, comme le jour ou, dans l'enthousiasme de la
Convention, d'abord abattue par la trahison de Dumouriez, il declare a
ses accusateurs: "Je me suis retranche dans la citadelle de la raison;
j'en sortirai avec le canon de la verite et je pulveriserai les
scelerats qui ont voulu m'accuser." [Note: Seance de la Convention, du
1er avril 1793.] Cela, Robespierre ne l'eut point ecrit et dit. C'est
chez Danton un mepris de la froide et elegante sobriete, mais faut-il
conclure de la que c'etait simplement de l'ignorance? Cette absence
des formes classiques du discours et de la recherche du langage, c'est
a la fievre des evenements, a la violence de la lutte qu'il faut
l'attribuer, declare un de ses plus courageux biographes. [Note: Dr
ROBINET. Danton, mem. sur sa vie privee, p. 67; Paris, 1884.] On peut
le croire. Mais pour quiconque considere Danton a l'action, cette
excuse est inutile. Son oeuvre politique explique son eloquence. Si
elle roule ces scories, ces eclats de rudes rocs, c'est qu'il meprise
les rheteurs, c'est, encore une fois, et il faut bien le repeter,
parce qu'il a la religion de l'action; et ce culte seul domine chez
lui. Il ne va point pour ce jusqu'a la grossierete, cette grossierete
de jouisseur, de grand mangeur, de materialiste, qu'on lui attribue si
volontiers. "Aucune de ses harangues ne fournit d'indices de cette
grossierete", dit le Dr Robinet. [Note: Ibid., p. 67.] Et quand meme
cela eut ete, quand meme elles eussent eu cette violence et cette
exageration que demande le peuple a ses orateurs, en quoi
diminueraient-elles la memoire du Conventionnel?" Je porte dans mon
caractere une bonne portion de gaiete francaise", a-t-il repondu.
[Note: Seance de la Convention, du 16 mars 1794.] Mais cette gaiete
francaise, c'est celle-la meme du pays de Rabelais. Si Pantagruel est
grossier, Danton a cette grossierete-la.
Il sait qu'on ne parle point au peuple comme on parle a des magistrats
ou a des legislateurs, qu'il faut au peuple le langage rude, simple,
franc et net du peuple. Paris n'a-t-il point baille a l'admirable
morceau de froid lyrisme et de noble eloquence de Robespierre pour la
fete de l'Etre Supreme? C'est en vain que, sur les gradins du Tribunal
revolutionnaire, Vergniaud deroula les plus harmonieuses periodes
classiques d'une defense a la grande facon. Mais Danton n'eut a dire
que quelques mots, a sa maniere, et la salle se dressa tout a coup
vers lui, contre la Convention. Il fallut le baillon d'un decret pour
museler le grand dogue qui allait reveiller la conscience populaire.
La seul fut l'art de Danton. La Revolution venait d'en bas, il
descendit vers elle et ne demeura pas, comme Maximilien Robespierre, a
la place ou elle l'avait trouve. Par la, il sut mieux etre l'echo des
desirs, des besoins, le cri vivant de l'heroisme exaspere, le tonnerre
de la colere portee a son summum. Il fut la Revolution tout entiere,
avec ses haines francaises, ses fureurs, ses espoirs et ses illusions.
Robespierre, au contraire, la domina toujours et, jacobin, resta
aristocrate parmi les jacobins. Derriere la guillotine du 10 thermidor
s'erige la Minerve antique, porteuse du glaive et des tables d'airain.
Derriere la guillotine du 16 germinal se dresse la France blessee,
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