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 belles lettres et arts de Bordeaux, le 26 Août 1788 by Ladebat, M. de Page 9  

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Qui ont ete achetes au prix moyen de 360 livres.

[5] J'aurois voulu presenter l'effrayant tableau de la depopulation que ce commerce cause a l'Afrique: mais les elements manquent pour en calculer exactement l'influence desastreuse. Pour s'en faire une idee, on doit remarquer que les Negres qu'on traite sont tous dans la force de l'age. Ils ont passe les dangers de l'enfance, et il sont loin encore des accidents qui menacent le declin de la vie. C'est a l'instant de leur plus grande reproduction qu'on les enleve a leur patrie. Reduisons les 100000 qu'on exporte a 97500 a cause de leur mortalite naturelle estimee dans la proportion de 1 a 40. Ces 97500 representeront un fonds de population de 3800000 individus detruits pour l'Afrique dans l'espace de 30 ans. Si on adopte la proportion de 1 a 30, qui paroit la plus vraie pour determiner le nombre commun des morts, relativement a la masse des hommes existants, enlever a la population une classe d'hommes dans l'age ou la mortalite n'est que comme 1 a 40, c'est detruire reellement une plus grande masse d'habitants; car 100000 individus, pris dans toutes les classes ne representent que 3000000 de population, tandis que pris dans l'adolescence et la vigueur de l'age, ces 100000 representent une population de 4000000, ou de 3800000 en deduisant, comme j'ai fait, ceux que la mort naturelle detruiroit independamment de la traite. Si a ces 3800000 on ajoute le nombre des malheureux qui expirent dans les combats livres pour enlever des esclaves, ceux qui perissent de misere, de fatigue et de desespoir, on verra que la masse de population aneantie par la traite dans l'espace de 30 ans, s'eleve a plus de 4800000 individus, et qu'ainsi ce commerce cruel coute chaque annee a l'Afrique plus de 160000 de ses habitants.

[6] Il semble que quelques historiens ont cherche a effacer le souvenir de ces revoltes. Voila comment on ecrit l'histoire. Spartacus avoit un grand caractere, et s'il avoir pu arreter la licence de ses compagnons d'armes, il aurait venge l'univers.

[7] Ecoutez Montesquieu, "il n'est pas vrai qu'un homme libre puisse se vendre. La vente suppose un prix: l'esclave se vendant, tous ses biens entreroient dans la propriete du maitre le maitre ne donneroit rien, et l'esclave ne recevroit rien, etc." Esprit des loix, liv. XV, chap 2.

"Les mots _esclavage_ et _droit_ sont contradictoires: ils s'excluent mutuellement". Rousseau, contrat social, liv. I, chap. 4.

[8] Les Lacedemoniens fustigeoient leurs esclaves a certaines epoques de l'annee, uniquement pour faire sentir a ces infortunes le poids de leur servitude. Plus d'une fois, dans nos colonies, des maitres cruels se sont fait un spectacle des coups de fouet dont ils dechiroient leurs Negres.

[9] Dans les colonies Espagnoles, chaque esclave a un jour par semaine ou il travaille pour son compte. Ce moyen est dangereux, et c'est souvent a la debauche que l'esclave consacre les moments qui lui sont accordes. Dans les colonies Espagnoles, les affranchis sont presque tous les ministres des voluptes de leurs maitres. On doit cependant applaudir l'humanite de la loi qui assure la liberte a chaque esclave Espagnol, en etat de payer sa rancon.

[10] On a suivi dans les Etats-unis differentes methodes pour l'affranchissement des esclaves. Dans quelques parties le petit nombre de Negres qu'il y avoit, a permis de les affranchir tout d'un coup; et ils sont restes attaches a leur maitres, comme domestiques et journaliers.

[11] Les Lacedemoniens limitoient, pour leur surete, le nombre de leurs esclaves, et ils en firent quelquefois exposer les enfants.

"Rien, dit encore Montesquieu, ne met plus pres de la condition des

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