|
---------
104,100
---------
Qui ont ete achetes au prix moyen de 360 livres.
[5] J'aurois voulu presenter l'effrayant tableau de la depopulation
que ce commerce cause a l'Afrique: mais les elements manquent pour en
calculer exactement l'influence desastreuse. Pour s'en faire une idee,
on doit remarquer que les Negres qu'on traite sont tous dans la force
de l'age. Ils ont passe les dangers de l'enfance, et il sont loin
encore des accidents qui menacent le declin de la vie. C'est a
l'instant de leur plus grande reproduction qu'on les enleve a leur
patrie. Reduisons les 100000 qu'on exporte a 97500 a cause de leur
mortalite naturelle estimee dans la proportion de 1 a 40. Ces 97500
representeront un fonds de population de 3800000 individus detruits
pour l'Afrique dans l'espace de 30 ans. Si on adopte la proportion de
1 a 30, qui paroit la plus vraie pour determiner le nombre commun des
morts, relativement a la masse des hommes existants, enlever a la
population une classe d'hommes dans l'age ou la mortalite n'est que
comme 1 a 40, c'est detruire reellement une plus grande masse
d'habitants; car 100000 individus, pris dans toutes les classes ne
representent que 3000000 de population, tandis que pris dans
l'adolescence et la vigueur de l'age, ces 100000 representent une
population de 4000000, ou de 3800000 en deduisant, comme j'ai fait,
ceux que la mort naturelle detruiroit independamment de la traite. Si
a ces 3800000 on ajoute le nombre des malheureux qui expirent dans les
combats livres pour enlever des esclaves, ceux qui perissent de
misere, de fatigue et de desespoir, on verra que la masse de
population aneantie par la traite dans l'espace de 30 ans, s'eleve a
plus de 4800000 individus, et qu'ainsi ce commerce cruel coute chaque
annee a l'Afrique plus de 160000 de ses habitants.
[6] Il semble que quelques historiens ont cherche a effacer le
souvenir de ces revoltes. Voila comment on ecrit l'histoire. Spartacus
avoit un grand caractere, et s'il avoir pu arreter la licence de ses
compagnons d'armes, il aurait venge l'univers.
[7] Ecoutez Montesquieu, "il n'est pas vrai qu'un homme libre puisse
se vendre. La vente suppose un prix: l'esclave se vendant, tous ses
biens entreroient dans la propriete du maitre le maitre ne donneroit
rien, et l'esclave ne recevroit rien, etc." Esprit des loix, liv. XV,
chap 2.
"Les mots _esclavage_ et _droit_ sont contradictoires: ils
s'excluent mutuellement". Rousseau, contrat social, liv. I, chap. 4.
[8] Les Lacedemoniens fustigeoient leurs esclaves a certaines epoques
de l'annee, uniquement pour faire sentir a ces infortunes le poids de
leur servitude. Plus d'une fois, dans nos colonies, des maitres cruels
se sont fait un spectacle des coups de fouet dont ils dechiroient
leurs Negres.
[9] Dans les colonies Espagnoles, chaque esclave a un jour par semaine
ou il travaille pour son compte. Ce moyen est dangereux, et c'est
souvent a la debauche que l'esclave consacre les moments qui lui sont
accordes. Dans les colonies Espagnoles, les affranchis sont presque
tous les ministres des voluptes de leurs maitres. On doit cependant
applaudir l'humanite de la loi qui assure la liberte a chaque esclave
Espagnol, en etat de payer sa rancon.
[10] On a suivi dans les Etats-unis differentes methodes pour
l'affranchissement des esclaves. Dans quelques parties le petit nombre
de Negres qu'il y avoit, a permis de les affranchir tout d'un coup; et
ils sont restes attaches a leur maitres, comme domestiques et
journaliers.
[11] Les Lacedemoniens limitoient, pour leur surete, le nombre de leurs
esclaves, et ils en firent quelquefois exposer les enfants.
"Rien, dit encore Montesquieu, ne met plus pres de la condition des
|
|